Le jeu du pendu – Lamathilde

J’ai vue Le jeu du pendu (2010) au Festival international du film sur l’art. Je l’avais aussi vue sur YouTube peu après que Lamathilde l’y ait postée, et je lui avais demandé si elle pouvait être présentée dans NMP.

Je pourrais m’attarder un moment à réfléchir au fait que regarder une vidéo en ligne et regarder une vidéo sur grand écran participent aujourd’hui du même environnement technologique (technolandscape), et partant de là, au fait que je ne comprends pas la réticence à mettre de l’art vidéo en ligne. Je ne pense pas que tous doivent le faire, du moins pour toutes les vidéos et en tout temps, mais je crois toutefois que certaines œuvres, présentées dans un cadre et un contexte particuliers sont essentielles en cette ère du numérique. Parce que j’aime commenter l’art vidéo, l’accès à une version en ligne me permet de re-regarder une vidéo … J’ai dû regarder le jeu du pendu 20 fois, et je remercie Internet de m’avoir offert cette possibilité.

Mon point, c’est que ce que Lamathilde nous offre généreusement et qui prend la forme de vidéos disponibles en ligne – Le jeu du pendu en particulier – parle, d’un point de vue politique, à ceux et celles qui associent l’échange d’idées avec la possibilité de conversations plus larges et plus incertaines, mais attendues depuis longtemps, très longtemps.

Ce que j’aime de Lamathilde ainsi que de son travail (ces choses peuvent difficilement être séparées après tout), ce sont ses sensibilités politiques. Elle sait comment et quand s’imposer, mais elle sait aussi céder. Le jeu du pendu témoigne de cela, ainsi que de la préoccupation constante de Lamathilde pour les notions de communauté et d’amour, ainsi que pour le potentiel communicatif de l’art. Ces éléments ressortent clairement pour moi et semblent être ce qui rend la voix de Lamathilde si présente dans son œuvre. Avec cette voix – esprit, cœur, conscience et corps –, Lamathilde raconte la pendaison de son frère en ayant recours au jeu morbide du pendu comme dispositif narratif. La voix passe de la narratrice à la sœur à l’artiste, et elle est par moments, par la force des choses, sarcastique, frustrée, tendre, triste, autoritaire, et indulgente.

En seulement 1 minute et 39 secondes, Lamathilde fait des liens entre la mort, le genre, les discours de pouvoir, les valeurs capitalistes, et l’effet papillon. À travers la trame formée par ces thèmes majeurs et en faisant référence à un jeu basé davantage sur la devinette que sur la stratégie, Lamathilde invite le spectateur à méditer sur la responsabilité – sur le fait que les actions individuelles sont importantes pour le bien-être global de la famille, de la communauté, de l’humanité, et ultimement, de soi-même.

Texte: Version et contexte original: http://www.wayward.ca/wayward/reviews/le-jeu-du-pendu-/ par Mél Hogan.

Merci à Fabien Rose pour la traduction.

Lamathilde aka Mathilde Geromin est une artiste de video-performance-son, franco-canadienne qui vit et travaille à Montréal. Après des études de cinéma, une maîtrise en linguistique, Lamathilde retourne à ses premières amours l’image et le son. Son travail porte sur l’identité à travers le genre et la sexualité. Depuis 1999, son travail a été montré dans de nombreux festivals et galeries à travers le monde. Entre autres Pink Screens – Brussels, Festival des films gais et lesbiens – Paris, London Lesbian & Gay Film Festival , Mix Festival – New York. Depuis 2004 Lamathilde fait partie deu collectif de performance WWKA (women with kitchen appliances). Depuis 2008, elle collabore avec Coral Short sur des performances telles que, Sexnoys (Vancouver), Social (Montréal).