Qu’entends-tu par “performance”? A Conversation with Chantal Dumas – Owen Chapman

The following is from an email exchange between myself and Montreal sound artist Chantal Dumas in August 2011. Our conversation ends with her response to my query about the role of performance in her work. She asked me what I meant by “performance,” and went on to enumerate a variety of possible interpretations. She then outlined how each one applied to a piece entitled Les Petits Riens (2009) that she produced in part during a residency at the Oboro new media center (Montreal). I admit to finding myself somewhat awestruck by the depth and detail of Dumas’s approach to sound art and composition, and especially her multi-layered conceptualization of performance. I’m very appreciative for the opportunity to publish this correspondence in NMP. I never managed to answer Dumas’s question. I’m still working on it.

Owen Chapman: I’m currently in the 2nd week of a residency at Oboro entitled “Writing Audio Art,” the goal of which is to author a short essay on the subject of audio art, using the Oboro archives as a research resource. I have been listening to much work, including one of the mix sessions for Les Petits Riens (Stéphane Claude [Oboro audio director] told me afterward that I might not have been listening to the “final” mix, but no matter. I think I got the idea). I also spoke with Stéphane a bit about the process for the piece, but would love to hear more from yourself. The conceptual nature of Les Petits Riens, and the ways it investigates the sonic materiality of your chosen “sound generators” and recordings, makes it a piece of audio art in my mind… but perhaps you would disagree?

My focus for the article is on the integration of performance within the genre of audio art. Some have claimed that audio or sound art is a term best reserved for gallery-installed, non-programmatic pieces – i.e.: incorporating no active performance in the moment of audience reception. I tend to disagree with this view, and this will be the major intervention of the article. I wonder what your thoughts are on this subject.

I have attached some questions below if ever you find the time to consider them and to write me back.

1. How would you define the concept of ‘audio art’? Keywords, point-form answers or otherwise are all welcome.

2. What role(s) does performance play in your audio art work, if any?

3. What about improvisation?

4. Can you summarize your Oboro-based work – i.e.: Les Petits Riens – in terms of method especially? Would you consider this work “audio art”? Why or why not?

5. Was there anything specific to working at Oboro that affected your project?

Chantal Dumas: I find your topic very interesting and want to think about it.

There is also something to clarify in between the terms “sound art” and “audio art.”

Working with the Soundfield microphone (a surround sound mic, used for Les Petits Riens) opens the possibilities for working with a strong notion of space. I wanted to explore different points of view of listening, and experience as a listener being with the action – in the middle of the space where the action is taking place, in an excerpt (stairwell), being at the same time in and out of the spot of action.

The pieces I worked on during my Oboro residency were kinds of essays or sketches.

I don’t remember how many excerpts I worked on, but for sure there were at least three different pieces. There was one about dealing with the sound of trains, another short one using the acoustic of a stairwell of the Fondation DHC art, and a third one mixing natural and composed sounds, all about insects’ buzz and radio waves.

Je te propose un échange par écrit. On pourrait faire quelques aller-retour (questions/réponses), et de là, tu de me demandes de préciser certaines choses. Ce sujet m’intéresse de très près; ça me plaît de devoir y réfléchir dans le cadre de ton travail.

OC: This sounds perfect. Thanks very much for taking the time to respond. I have listened to the third piece you mentioned – was this “volant”? How did you employ radio waves in that piece? And how did you compose and/or select your sounds? I would also love to hear more about the DHC stairwell piece, which I don’t think I’ve heard. I just listened to the train-yard piece, which I also really enjoyed. Here are the notes I wrote while listening to it:

Chantal Dumas’s train piece – feels very much in a music concrete style – and she even samples Schaeffer’s chemin de fer piece in hers. The rest appears to be sound recordings of trains – combined with either some synth sounds – or highly manipulated samples from the train-yard recordings. these are five-channel mixes – a part of the experimentation she pursued during her residency – composing in that sort of sound environment. Way more sophisticated mixing, sound fidelity and multifaceted combinations of sounds than Schaeffer’s original piece.

I think you’re totally right about clarification between sound art and audio art. I think the second term is much more open to the inclusion of performance – but this is more due to the fact that “sound art” as a term has been appropriated as a sort of high-art classification for works that are meant to appear in galleries. But I’ll be very curious to hear how you understand the difference.

CD: Je vais écrire en français pour être plus précise. Voici quelques réponses à tes questions :

Des essais qui ont été développés, Volant a été intégrée à une pièce d’une durée de 35 minutes du nom de Les petits riens – mécaniques du quotidien.

Ce titre est le même que celui donné au projet de demande de résidence. Je joins la note décrivant la forme de la pièce.

Au total, quatre essais ont été travaillés. Trois ont été conservés. Je n’ai pas de version stéréo puisque le travail a été fait en 5.1. Si tu veux, je pourrais t’envoyer avec YouSendIt les séquences pour une écoute en 5.1. La durée est de 2 min.

D’après ce que je peux voir, les titres étaient les suivants

1. Escalier ou bien DHC ART escalier

2. Trains

3. Volants (insectes et autres sons générés)

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Définitions :  Sound Art et Audio Art.

Sound Art – art sonore :

Pourrait s’utiliser au pluriel. “Les arts sonores” est selon moi, un terme générique pour désigner l’ensemble des pratiques sonores. Cela comprend la musique de tout genre (incluant l’électro-acoustique), les installations sonores, l’art radiophonique. Ce terme pourrait aussi inclure les pratiques alliant communication/média et son, selon la prédominance de la discipline choisie.

Audio art : comprendrait des oeuvres qui s’articulent autour du son sans considération pour le discours musical. Elles mettent en relief le son dans un contexte donné. Souvent associé aux arts visuels.

À propos de l’essai avec train :

Comme Pierre Schaeffer et d’autres preneurs de son et artistes du son avant moi, j’ai voulu faire une étude. Dans l’essai avec train, je cite à deux reprises l’Étude aux chemins de fer de Pierre Schaeffer. C’est le petit sifflet qui sonne comme un jouet d’enfant….

Les sons aigus qui font synthé sont en fait des sons d’insectes un peu transformés.

Ce qui m’amusait avec cette citation était de mettre en parallèle le train de Schaeffer et les prises de son de train réalisées avec le Soundfield dans le but de faire ressortir leur qualité sonore et la coloration donnée par la technique de l’époque. Chaque prise de son fait référence à une approche esthétique et une technologie spécifique. La comparaison met en relief la précision que permettent les équipements de captation sonore d’aujourd’hui.

J’étais aussi intéressée par la façon dont on peut recréer une certaine acoustique et restituer un sens de l’espace lors de la diffusion.

Le son du train exerce une fascination chez beaucoup de personnes. Il est très évocateur.

On peut en faire différentes lectures:

1. Selon divers paramètres : timbre, dynamique, vitesse/ tempi;

2. D’un point de vue matériologique, selon la rythmique du train, le frottement des roues sur les rails, sifflement;

3. Selon l’aspect narratif d’une séquence: l’approche du train, son passage, l’éloignement, et les perspectives de l’intérieur ou de l’extérieur du wagon.

How did you employ radio waves in that piece – how did you compose and/or select your sounds?

Ce que je voulais faire avec cette pièce était de partir d’éléments réalistes et de glisser vers l’abstraction sans que l’auditeur ne sente la progression. J’avais aussi envie d’un moment où l’on aurait la sensation que le temps s’arrête. Comme j’ai parfois ressenti à certaines heures de l’après-midi de l’été où on ne sait plus si ce sont 2 ou bien 30 minutes qui viennent de s’écouler.

Volant a été insérée dans une pièce d’une durée de 35 minutes: Les petits riens – mécanismes du quotidien .

La pièce prend comme point de départ les petits sons du quotidien c-à-d des sons issus de l’univers sonore dans lequel j’ai baigné pendant les quelques mois précédant et entourant la période de composition. Dans la sélection, on retrouve quelques petits sons électroniques générés par l’ordinateur ou des appareils électroniques. Ils ont été captés avec différents types de micros de qualités variables. Il y a aussi des sons d’insectes qui se mêlent aux sons électroniques et finalement d’autres qui sont générés à partir de manipulation d’objets.

Volant se construit à partir d’une séquence : le son d’insectes (mouches, abeilles, bourdons) habitant un hydrangée. Le microphone (Soundfield) était introduit dans l’arbuste. De là la sensation d’avoir la tête dans une ruche.

D’autres chants d’insectes enregistrés isolément ont été introduits.

Je n’ai pas utilisé de sons de radio dans les essais mais j’ai fait la pièce Les petits riens de 35 minutes.

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Je viens de retrouver une définition du Sound art et de Audio art.

Si tu ne connais pas déjà ce site, tu y trouveras des projets très intéressants.

While the term «sound art» has established itself for the general, non-media-specific expression of this phenomenon, in the present context «audio art» stands for sound art for whose production technical media are either essential or necessary. Intermedia connections, space as a musical determinant, media-specific forms of narration, detemporalization, virtualization and dehierarchization (…).
Source :  Golo Föllmer, Audio Art

OC: Your answers are very helpful in terms of making connections for me in relation to the listening I did in the Oboro studio. I’m also very intrigued by your definitions for sound art and audio art, which I love and agree with, but which are different than the ones I have encountered in other people’s writing on the subjects, where sound art is reserved for gallery-installed audio works that do not integrate performance. Some level of interactivity is also usually integrated – and as a genre, it is linked strongly to visual art. At the end of it all, “sound art” or “audio art” are concepts that are bound to have multiple meanings. 

One last question I have is about the role of performance and/or improvisation in the development of your work, and perhaps with respect to Les Petits Riens in particular?

CD: Je vais répondre à ta question et à mon tour t’en poser quelques-unes. Ça devrait un peu aider à préciser la tienne.

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I know this question around the definition of audio and sound art needs to be working out. I think there are different ways to approach it.

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One last question I would have for now, is about the role of performance and/or improvisation in the development of your work, and perhaps with respect to Les Petits Riens in particular?

Qu’entends-tu par “performance” ?

1. Improvisation dans le cours du processus de composition ?

2. Jouer live devant public?

3. Approcher la pièce en tant que compositrice comme une instrumentiste qui analyse, comprend, répète, interprète une partition ?

Les petits riens était destinée à la radio. La pièce a fait l’objet d’une commande de la radio publique allemande Deutschlandradio. Au moment de sa création, la pièce a été diffusée simultanément en ondes et sur le Web. Un texte de présentation lu par un animateur radio a précédé la seule et unique diffusion. C’est ce qui en fait un événement dans le sens classique du terme: une seule et unique diffusion à écouter à un moment précis et annoncée dans la programmation.

Il n’y a pas de performance comme telle à sa livraison radiophonique puisque tout est déjà fixé sur «la bande».

L’aspect performatif est intervenu après coup. Lorsque j’ai présenté la pièce en concert et que j’en ai fait la spatialisation sur une vingtaine de haut-parleurs. Selon la tradition acousmatique.

Si l’on parle de performance dans le sens d’improvisations en cours de travail :

le processus de création des Petits riens est basé sur l’écoute.

La pièce s’est vraiment construite au fil des écoutes répétées, aller-retour (fabrication- écoute) des fragments qui sont devenus des séquences, et ce, jusqu’à ce qu’elles trouvent leur rythme interne.

Le travail de composition est similaire à celui de l’écriture. Les sons remplacent les mots.

Maintenant que j’y repense, certains des matériaux ont été générés à partir d’improvisations . C’est le cas des sons de piano. Les séquences n’ont pas été utilisées intégralement. J’ai sélectionné des fragments ici et là qui ont trouvé leur place dans la composition.

Une manipulation dirigée du microphone lors des enregistrements pourrait être considérée comme une “performance”. Dans la situation où le micro suit la scène, se rapproche de l’action (close up), s’en éloigne, privilégie un sujet plutôt qu’un autre. Que les décisions sont prises dans le mouvement. Mais cette technique n’a pas été utilisée lors de l’enregistrement. Je ne peux donc pas parler de performance à ce niveau-là. L’emplacement du micro avait été choisi judicieusement et sa position est demeurée fixe lors de l’enregistrement.

Les études

Pour volant, l’improvisation a servi à la fabrication de certains des matériaux. Les séquences ont ensuite été un peu transformées.

Trains de même qu’Escalier sont construites à même les prises de son.
This was as far as our correspondance went. But I should have picked up on the extraordinary comparisons that Dumas had evoked. Describing her compositional process as similar to writing, she then moves to a description of various moments of improvisation in the creation of her work. In so doing she developes a line of articulation between writing, improvistion and recorded music. This reminds me of what Theodor Adorno said in an essay called “The Form of the Phonograph record”: “Through the curves of the needle on the phonograph record, music approaches decisively its true character as writing.”[1] Because once created, music that is affixed to a recording medium becomes emminently copyable, as with the written word. The crafting of such work, the methods of recording, sifting, selecting and transforming of sound that Dumas employs recall the careful selection and juxtaposition of words that is part of the writing process. In both cases, the performance is in the making.

Footnote: 

[1] Theodor W. Adorno and Thomas Y. Levin, “The Form of the Phonograph Record”, October, Vol. 55, (Winter, 1990), p. 59

 

Owen Chapman is an audio artist whose work involves sample-based music, mobile phones, and old electronic instruments. He is co-director of the Montreal wing of the Mobile Media Lab, located in the Communication Studies department at Concordia University, where he is also an Associate Professor in Sound Production and Scholarship.

Chantal Dumas, née à Québec en 1959, est une artiste sonore, compositrice et auteur d’installations audio. Elle a remporté de nombreuses distinctions dont le Prix Hungarian Sound Art EAR 1997 et le Prix Phonurgia Nova en 1997 et 2001. “Les petits riens” a obtenu le Prix Bohemia 2010. www.chantaldumas.org

Chantal Dumas, born in Quebec in 1959, sound artist, composer and author of radio plays. She has won a number of awards including the Hungarian Sound Art Prize EAR 1997 and the French Prix Phonurgia Nova in 1997 and 2001. “Les petits riens” was awarded the Prix Bohemia 2010. www.chantaldumas.org