Tom de Pékin ou la D’HÉTÉRIOSEXUALISATION – Mathilde Géromin

Tom de Pékin

Tom de Pékin ou la D’HÉTÉRIOSEXUALISATION

Des Tom, il y en a des tonnes, mais il existe en France un Tom de Pékin
Tom de Pékin n’est pas de Pékin
Tom de Pékin n’est pas un tomboy
Tom de Pékin est presque un Tom Sawyer
Tom de Pékin est très proche de Tom of Finland

Tom de Pékin

Qui est Tom de Pékin ?

Né dans les années 1990 au détour d’une rue escarpée de Montmartre habitée par quelques travestis rescapés des nuits de Pigalle (ancien quartier chaud de Paris), entre la librairie Buchladen et un atelier de sérigraphie. Après quelques voyages en Chine et la découverte des illustrations de boîtes d’allumettes chinoises, c’est dans les années 2000 que Tom de Pékin naît dans le regard des autres.

Un martyr de la révolution chinoise transpercé par un gode : naissance en 2000 du style Tom de Pékin. © Tom de Pékin

C’est après un dernier voyage en Chine et pour dire au revoir à son projet de livres graphiques (imprimés de façon traditionnelle dans les imprimeries d’État chinoises) que Rêve au cul (pour révolution culturelle) dévoila au grand public les premiers pas de Tom de Pékin.
Un ouvrage d’illustrations plein de bites et d’images de propagande chinoise détournées. Imaginez les armes des révolutionnaires remplacées par des bites et des godes (gode étant l’abrégé de godemiché, mot français pour dildo).

Depuis, Tom de Pékin grandit et continue à s’exprimer. Ses médiums : le dessin, la vidéo, la performance (avec tout de même une prédilection pour les crayons de couleur).
Ses œuvres sont montrées dans tous les milieux, de la galerie d’art contemporain à la boutique de tatouage, en passant par les journaux. On le retrouve dans les plus grands festivals de films gais aux plus underground des manifestations queers. Sa pratique est transgenre et garde toujours comme thème de fond le sexe ludique. Car oui, Tom de Pékin utilise le sexe comme arme de riposte contre les idées enfermantes.

De la culture pop de masse, il retiendra l’imagerie percutante pour mieux détourner les idéologies. Prendre un motif, le répéter, le décontextualiser, le répéter encore. Le principe n’est pas nouveau, mais il est efficace. Tom occupe ainsi tous les pans de la culture populaire : politique (les révolutionnaires chinois, les drapeaux nationaux), tourisme (la série Tom de Savoie), sport (pongistes, catcheurs, sumos, footballeurs…), musique (Elvis), cinéma (Laurel et Hardy, les Marx Brothers).

Tom de Pékin travaille avant tout à révéler l’invisible caché sous les voiles du réel hétéro-formaté. Il fait son deleuzien.

Il crée comme une « déterritorialisation » de l’hétérosexualité, d’où mon invention farfelue de la D’HÉTÉRIOSEXUALISATION.

En effet, en appliquant à des situations son regard plus sexuellement implicite, et en accentuant l’ambiance homo-érotique déjà présente dans la réalité, comme dans les sports ou la guerre, il fait siens ces territoires détenus habituellement par la majorité, qui est toujours ou presque hétérosexuelle. Il renverse notre regard et, par le biais de l’humour et de la dérision, nous propose sa vision du monde. Les sports deviennent de véritables activités sexuelles, du SPORN en quelque sorte. La guerre n’est qu’une quête de forces sexuelles où les miliciens et les résistants s’enlacent pour échanger des coups de queue plutôt que des coups de feu.

Communauté queer
Tom de Pékin, comme Tom of Finland, aime croquer les hommes entre eux, mais contrairement à Finland, l’art de Pékin traite aussi et surtout de la communauté queer et de ses enjeux. Engagé dans cette communauté depuis longtemps, il agit comme un véritable héraut de l’idée de free yourself, sois toi-même et porte-le haut et fort.

Pour Tom, la vraie question est le doute et la remise en question du fonctionnement de notre société et des étiquettes imposées sur tout ou presque.

Et pour arriver au doute, quoi de mieux que la propagande séductrice inspirée des images de la révolution chinoise et soviétique.

Tom travaille à partir de son quotidien. Et autour de lui, ses amis sont de tous les sexes et de tous les genres, ils ont des envies et des histoires différentes qui font naître des désirs de messages rassembleurs.

Propaganda
Comme sur cette photo de 2006 par l’artiste Kael T Block où il utilise le même dispositif qu’un parti politique dans ses campagnes d’affichage, afin de traquer les idées sous-jacentes fascisantes pour les dénaturer et les rendre ridicules.

PD, il l’affiche de toutes les couleurs.

En gros sur un drapeau comme fond d’image pour mieux faire référence à son propos politique toujours là, sous-jacent.

PD (pour pédé) contre FN pour Front national, le parti d’extrême-droite français.

Un homme nu (l’auteur lui-même) cagoulé déposé comme une offrande, avec la gaule noire entre les jambes, gode de plastique, pour mieux mettre à mal le culte de la virilité masculine.

PD oui, mais pas que, car c’est certainement le plus lesbro (lesbian’s brother) de tous les PD.

Des films d’animation de lesbiennes qui parlent de cul, de godes et de fist fucking. Un nouveau slogan pour lesbienne décoincée du cul : « Gode save the gouine. »
L’enculade comme unité mondiale (la terre entière partage cet orifice), la révolution par le trou du cul comme le prônait entre autres Beatriz Preciado dans son Manifeste contra-sexuel.
Jeux de mots, décalage, tout est bon pour faire la révolution sexuelle et changer les mentalités, si habituées aux petites boîtes bien pensantes.

Présentement, Tom de Pékin s’attèle à un spectacle cabaret présenté lors du off festival du Printemps de Bourges en France, où il se met en scène sous les traits d’un chien soumis avec muselière.

Il nous a gracieusement envoyé les dessins pour le spécial EGO.

« Je pense me réaliser dans une communauté transpédégouine ouverte
plus proche d’une folie camp que d’une volonté queer à tendance radicale flic. »

Un livre vient de sortir : véritable manifeste à brandir, regroupant une centaine d’illustrations issues de son parcours entre 2000 et 2008.
http://www.septembre-editions.com/livres/tom_de_pekin_monographie.html

http://www.youtube.com/user/tomdepekin
http://www.myspace.com/tomdepekin

Tom de Pékin
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Mathilde Géromin (aka Lamathilde). Son travail porte sur le corps dans sa représentation ou son senti, essentiellement en traitant des genres et l’image de la femme. Toujours avec humour pour prendre une distance nécessaire, toujours en musique pour sentir les corps vivants en mouvement rythmique. C’est un jeu de montage, un jeu de point de vue. Une mise en avant du quotidien évident et trop souvent invisible. Née en France Lamathilde vit et travaille à Montréal, elle fait partie du collectif de performances les WWKA, et est une membre très active de la scène des arts visuels de Montréal.